« Clair de lune » de Beethoven

L’illustre premier mouvement de la Sonate au « Clair de lune » de Ludwig van Beethoven est une œuvre sombre, lente, d’une expression intense et recueillie. Elle décrit pour moi la profondeur d’un vin concentré aux arômes de sous-bois. Sa structure est équilibrée, sans excès de pathos ni de romantisme dégoulinant, à l’image d’un vin qui serait à la fois élégant, puissant mais sans lourdeur.

Cette Sonate n°14 opus 27 n°2 sous-titrée « Quasi una fantasia » par le compositeur est surnommée couramment « Sonate au clair de lune ». La comparant à la 24e sonate qu’il venait d’achever, il déclara à son ami Czerny (que toutes les petites mains doivent connaître et parfois, avouons-le, un peu détester aussi car ce fameux Monsieur Czerny était surtout connu pour ses exercices de torture destinés aux apprentis pianistes !) : « On parle toujours de la sonate en do# mineur [ Clair de lune], j’ai pourtant écrit mieux que cela, ainsi la Sonate en fa# majeur est autre chose ! »

Cette Sonate « Au clair de lune » connut pourtant un succès incontestable de son temps. Aujourd’hui encore, il s’agit d’une des pièces les plus connues du grand public, peut-être par le mystère qui entoure sa composition, sa compréhension, son argument. En effet, toutes les légendes ont couru à son sujet : certains y voyaient une promenade nocturne, d’autres l’appelaient « Sonate de la tonnelle » car le compositeur l’aurait écrite justement sous une tonnelle ; un proche du compositeur soutiendrait même que ce premier mouvement aurait été improvisé près du cadavre d’un ami ! Glauque…

Cette pièce est avant tout, pour moi, intime, empreinte d’une lumière douce dont les couleurs changent suivant les harmonies, tantôt noires, tantôt grises et parfois aveuglantes. On peut y voir une sorte de marche funèbre, un apaisement, un chant intérieur profond. Le mouvement régulier est à la fois rassurant et inquiétant, les basses profondes rappellent la terre, l’ancrage au sol.

« Clair de lune », L. van Beethoven & Cornas Vin Noir dont les arômes de sous-bois sont rappelés par le registre grave de cette musique tandis que les vielles vignes sont imagées par la lenteur du tempo.
Cornas « Vin noir » du Domaine du tunnel & Sonate « Au clair de lune » de Beethoven : tous deux portent une robe noire intense et profonde…

La noirceur de la musique m’a tout de suite fait penser au Cornas Vin noir du Domaine du Tunnel. La cuvée est issue de trois coteaux de plus de 100 ans, 100% syrah. Le tempo lent peut correspondre à l’âge de ces vieilles vignes ou du vin arrivé à maturité. La musique n’est pas vive, le vin n’est pas acide. Le chant est ample et soutenu ; le corps est dense, la bouche soyeuse. Les harmonies changeantes et les quelques dissonances ressenties épicent le discours. Les sous-bois sont figurés par le registre grave, la robe noire du vin par la pénombre et le caractère presque lugubre qu’il se dégage de cette musique. Musique & vin semblent suivre la même trame sensorielle.